Rencontres Nationales de l’habitat choisi

23 juin 2008

du 1 au 4 août 2008
à St Jean du Gard, en Cévennes

Toutes les infos sur :
http://habitatchoisi.unblog.fr/

Au revoir Joe

25 mars 2008

Joe Sacco, fondateur, président et membre le plus actif de Halem, est décédé le vendredi 21 mars 2008
Il avait été grièvement blessé dans l’incendie du squat artistique La Villa, près de Rennes

Joe

Mourir le jour du printemps,
Dans les tumultes de l’équinoxe,
Là où les ombres noires des nuages défilent,
Et les vents froids du Nord s’acharnent,
Une dernière fois.
Car la lumière solaire et lunaire prend le dessus,
Le jour gagne inexorablement du terrain sur la nuit,
La pleine lune transforme même la nuit en un jour lumineux !
Symbole d’une victoire écrasante
Comme un soleil d’été.
Mourir le jour où la vie gagne sur la mort.
Joe est mort à l’équinoxe du printemps,
Et comme le Christ, mort ce vendredi saint,
Demain il sera ressuscité !

F.

Communiqué HALEM

Les causes de la mort de Joe
Les faits tels qu’ils ont été reconstitués à partir de témoignages recoupés :
Joe dormait avec trois autres personnes (Suivan, Armel et Hélène) dans une pièce spécialement ouverte aux visiteurs de la « Villa mon Bproummpfv » dans cette grande friche occupée enclavée entre la voie ferrée et la Vilaine qu’est la zone du Chardonnet à la Plaine de Baud (Rennes). Ex propriété Fraikin, l’édifice est propriété de la Ville de Rennes depuis fin janvier 2008. La veille au soir Joe travaillait sur son ordinateur portable. A 7h le vendredi 21 mars, Armel entend du bruit, se lève, voit quelqu’un sortir du bâtiment, entend des crépitements et sent une odeur bizarre sur le palier. Puis, il découvre un feu avec des flammes jaunes et bleues déjà hautes, qu’il tente d’éteindre avec une couverture. Les autres amènent un matelas à la rescousse car le feu prend très vite sans qu’ils ne comprennent pourquoi.

Qui est cette personne ? Pourquoi ce feu était-il si violent ?
Le matelas s’avère insuffisant contre des flammes vite débordantes et les quatre personnes renoncent, trois d’entre eux évacuent les lieux mais Joe, ne retrouvant pas son ordinateur portable, est vu sautant par la fenêtre peu après. Il est nu et brûlé, mais debout et conscient, il a ses lunettes sur le nez et son téléphone portable à la main. Tuch, un habitant du lieu en train de dégager sa voiture, lui propose alors avec insistance de l’emmener à l’hôpital, mais, se sentant en danger, Joe refuse, préférant attendre l’arrivée du SAMU pour être pris en charge plus rapidement. Celui-ci a mis, d’après les témoins, environ 10 minutes à arriver.
Personne n’a pu l’accompagner, sous prétextes que les amis présents n’étaient pas de la famille et, dans le branle-bas de l’événement, il n’a pas été envisagé d’envoyer quelqu’un voir ce qu’il devenait. Tout ce que nous savons, c’est qu’il a été transféré de l’hôpital de Rennes (CHRU Pontchaillou) au service des grands brûlés du CHU de Nantes et qu’il est mort avant 17h. Il semble même qu’il soit mort avant d’avoir été admis dans le service. D’après les pompiers, ses jours ne semblaient pourtant pas en danger à son départ.

Quand, où et de quoi Joe est-il mort? On espère que l’autopsie nous renseignera.
Selon les pompiers, « Les manoeuvres sont délicates. Sur ce site isolé, les bornes à incendie sont en effet trop éloignées pour les utiliser. Les pompiers doivent dès lors employer une motopompe pour alimenter leurs lances avec l’eau de la Vilaine. » Une quarantaine de pompiers sont venus, ainsi qu’une vingtaine de personnes non identifiées.

Qui étaient ces personnes ?
Les trois rescapés, encore en état de choc, ont été emmenés au commissariat où ils ont fait une déposition. Armel a déclaré avoir vu une personne s’enfuir au début de l’incendie.
Pendant ce temps, les pompiers sont venus à bout du feu vers onze heures du matin, et les bulldozers de la mairie, présents depuis le début, ont tout rasé, ce qui a bien entendu effacé toute possibilité de retrouver des indices ou des biens personnels. L’ordinateur de Joe en particulier n’a pas été retrouvé.

Qui en a donné l’ordre ? Est-ce légal ? Pourquoi ne pas avoir sécurisé l’endroit pour l’enquête ? Pourquoi ne pas avoir permis aux victimes de récupérer ce qui était encore récupérable ?
Pourtant, à 12h35, www.rennes-infhonet.fr annonçait : « La police scientifique serait actuellement sur les lieux pour déterminer les causes de l’incendie. »
Pour l’instant, le procureur n’a décidé qu’une enquête médico-judiciaire. Le corps de notre ami, associé, complice… devra donc attendre les besoins de l’investigation.

Halém étudie avec son avocate les modalités d’un accès au dossier.

Rassemblement à Mende le 20 mars

14 mars 2008


Aujourd’hui, c’est un fait, tout le monde n’habite pas dans un pavillon ou un hôtel particulier. Si beaucoup vivent dans des tours HLM ou autres, d’aucuns choisissent d’élire domicile dans des habitats aussi divers que variés, hésitant même parfois, devant le choix que leur offre une imagination débridée…

Alors, yourte, maison en paille, cabane en bois, grotte, roulotte, tipi, maison berlin/mouygues, etc., peu importe, tant qu’on y est bien. Sachant que le choix de l’habitat reflète aussi un choix écologique et social. Cependant, certains habitats se voient menacés de démolition au nom de la loi.

C’est le cas d’Eric, convoqué au tribunal correctionnel de Mende le 20 mars 2008, à 14h, pour construction illégale d’un « habitat familial de type yourte » (dixit le tribunal pénal de Mende).

Au-delà de ce procès, se pose de façon évidente - à travers la question de l’habitat - le rapport au droit et à la loi. Comment réagir pour pouvoir vivre dans le style qui nous sied, là où la place est libre ? Quels moyens utiliser - politique, juridique… ? Comment créer un rapport de force social, humain, politique, pour y arriver ?

Sont invités à le soutenir, par leur présence ce jour-là, à partir de midi, tous ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec l’attaque judiciaire et policière contre les auto-constructions. Il serait bon d’entamer une réflexion, chacun, chacune, sur les moyens de résistances à mettre en place afin que les lois cessent d’être des obstacles à la réalisation de nos rêves.

Un Collectif en Cévennes
collectifencevennes@no-log.org

Gordon est mort - Il aurait eu huit ans au mois de mai.

10 mars 2008

Lettre ouverte aux élus, à l’Etat français, à ses représentants

Gordon est mort ce samedi 16 février, à Gargenville, dans les Yvelines. Il aurait eu huit ans au mois de mai. Gordon a fait une chute de dix mètres en passant au travers du toit de l’usine désaffectée où il vivait en caravane avec ses parents.

Gordon et sa famille sont français depuis plusieurs générations. Ils sont de ceux qu’on nomme tour à tour tsiganes, voyageurs, nomades, manouches, gitans, bohémiens, etc…
Ils sont de ceux qui sont sans cesse pourchassés, expulsés, errant de places interdites en places interdites du seul fait que la loi sur l’accueil et l’habitat des gens du voyage n’est pas respectée par les communes.
Ils sont de ceux qui sont mal-logés, non pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce qu’ils sont tsiganes, voyageurs, vivant en habitat mobile.
Gordon était un élève du camion école. Parce qu’il était en situation illégale et précaire d’habitat, il ne pouvait aller à l’école comme tous les autres enfants, alors l’école venait à lui sur le terrain, au milieu des rats, des détritus, des décombres de l’usine désaffectée sans trop bien savoir si le site n’était pas pollué.

Combien faudra-t-il d’enfants morts, de mères défigurées par la douleur, de pères en pleurs pour que soit prise la juste mesure des conditions réelles de vie des familles du voyage ?

Gordon est mort parce qu’il était voyageur, parce qu’avec sa famille il n’avait pas la possibilité d’habiter en caravane sur un terrain exempt de tout danger, parce qu’on lui a refusé l’accès à un habitat adapté, parce qu’il n’y a pas d’aire d’accueil alors qu’il était de passage dans les Yvelines.
Gordon est mort parce que des considérations fallacieuses priment dans les débats sans fin et retardent la mise en application de la loi Besson, parce qu’on privilégie les protections fort coûteuses, humiliantes et inefficaces pour empêcher les installations sauvages au détriment de l’aménagement de terrains, parce qu’on se renvoie la balle entre l’Etat et les collectivités, parce qu’on a d’autres préoccupations parfois aussi dérisoires que « flatter l’électorat » au détriment de la vie d’un enfant, parce qu’on use de répressions injustes et de mesures ségrégatives au détriment des lois républicaines.

Faut-il rappeler l’article 223-6 du code pénal sur la non assistance à personne en danger?
Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.
Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours

Il faut cesser de jouer avec la vie des uns et la crédulité des autres.

A l’argument qui consiste à dire que la mise en œuvre de la loi Besson est trop lourde financièrement pour les communes,
j’oppose les choix de terrains délibérément onéreux nécessitant des infrastructures lourdes,
j’oppose les exemples des communes qui respectent leurs obligations à moindre coût, voire en faisant des profits.

A l’argument qui consiste à se retrancher derrière les réactions des administrés contre l’installation de familles du voyage,
j’oppose la réélection systématique des Maires qui ont posé un véritable acte politique, de courage, de responsabilité et d’humanisme, digne du message délivré sur les frontons des édifices publics : liberté, égalité, fraternité, pour tous y compris pour les « nomades ».

A l’argument qui consiste à stigmatiser le caractère délinquant de cette population,
j’oppose le délit de survie,
j’oppose la nécessité pour les gardiens du droit de veiller eux-mêmes à respecter leurs devoirs.

Aux rappels incessants des devoirs des gens du voyage vis-à-vis de la société,
j’oppose le dernier rapport de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) qui dénonce les discriminations dont sont l’objet les voyageurs au regard de la société française, les lois spécifiques qui font d’eux des citoyens à part.

Pour que Gordon ne soit pas mort pour rien :

Mesdames et Messieurs les Elus
►agissez en honorables mères et pères de famille et prenez ainsi les mesures d’urgence qui s’imposent pour permettre aux gens du voyage d’habiter sur votre commune,
►réunissez l’ensemble des volontaires inscrits ou non au schéma départemental, par canton, pour créer en urgence des terrains provisoires pour les familles de passage et des terrains familiaux pour les familles résidentes permanentes, avec le soutien des services de l’Etat et des associations, régularisez les situations précaires où des familles se trouvent en danger sans conditions d’hygiène et de salubrité satisfaisantes,

Monsieur le Préfet des Yvelines
refusez les mises en demeure dans le cadre de la loi de mars 2007,
►pour garantir la salubrité, la sécurité et la tranquillité des gens du voyage dont la vie est réellement en danger, l’intégrité menacée, la légitimité injustement contestée, obligez les Maires concernés à pourvoir immédiatement à l’habitat des personnes ou substituez-vous à eux en réquisitionnant des terrains dont les frais d’aménagement devront être couverts par la commune défaillante,
►incitez les forces de l’ordre à adopter des attitudes exemptes de toute intimidation et discrimination dans le seul respect de la loi.

Si un seul individu doute encore du degré d’humanité qui habite les « gens du voyage », je peux témoigner qu’une mère manouche, qu’un père gitan pleure son enfant de la même façon que le plus civilisé d’entre nous.

Daniel BOITARD- Président ASET 78 - 31, rue de la fontaine 78820 JUZIERS- 06.12.28.06.24 –
avec le soutien de la FNASAT-Gens du voyage, l’URAVIF, le MRAP, la LDH, l’ASDT, No mad’s land, Dedans/Dehors, Croyants en Liberté Buc.