Ça se passe à Montreuil, correspondance (màj 17/12/05)

Ça va encore encore chauffer à Montreuil !

Le 18 décembre les familles seront-elle à la rue avec leurs enfants ?

C’est pourquoi une action s’est conduite le 16 décembre, dans l’après-midi.

Une nouvelle expulsion avec intervention des CRS serait une lourde et grave erreur. Nous vous tiendrons à mesure au courant.

Vous souvenez que les habitants de l’immeuble du GAZOMETRE, 4 célibataires et 6 familles avec enfants scolarisés sur Montreuil, expulsés sur réquisition du préfet et du maire s’étaient trouvés sans logements à la veille de la trêve hivernale et sans interlocuteurs, la mairie refusant le dialogue et se déchargeant de ses responsabilités sur l’Etat. Depuis les familles avaient obtenu grâce à l’aide du Conseil Général, dans le cadre de l’ASE (aide sociale à l’enfance) d’être hébergées temporairement à l’hôtel.

L’hôtel de l’Univers où ils résident temporairement mérite une visite des services sociaux : minuscules chambres où il n’y a pas la place de mettre un lit pour les enfants et chauffage insuffisant. Les expulsés ont dû acheter des radiateurs électriques et les petits dorment par terre sans matelas. Impossibilité de faire des repas chaud. En regard de ces conditions d’hébergement indignes, rappelons qu’un mois d’hôtel pour une famille dans ce type de prestation vaut six fois le prix d’un loyer mensuel d’un studio !

Quelle gabegie, ce refus de dialogue et de solutions. Ces familles demandent un logement digne, elles peuvent payer un loyer. Il y a urgence, car elles ne pourront payer ce marchand de sommeil : 1150 euros par mois !

À partir du 18 décembre, le Conseil général ne sera plus le généreux donateur qui maintiendra la présence des six familles ivoiriennes expulsées du gazomètre à l’Hôtel bien nommé de ∏l’Univers∏.

À ce titre la municipalité ne peut pas se décharger plus longtemps de ses responsabilités. Des logements vides, il y en a sur Montreuil, voilà soixante ans que la loi de réquisition n’est pas appliquée.

Le silence de M. Jean-Pierre Brard ne peut perdurer :

Expulsion musclée à Montreuil

Né à Montreuil le 4 février 1937 et demeurant depuis trois ans à Bagnolet, dans le 93, je me dois de porter à l’attention de mes concitoyens les faits suivants, dont j’ai été témoin et victime.

Le mardi 11 octobre, j’ai été mis au courant par des voisins de l’expulsion de familles ivoiriennes habitant 2, passage du Gazomètre, à Montreuil. Nous nous sommes immédiatement rendus sur les lieux, ma femme et moi, pour leur porter assistance. Nous avons regroupé leurs affaires éparpillés en pleine rue puis il a été décidé, avec les familles et les personnes solidaires du voisinage, de se réfugier à la maison de quartier Lounès Matoub, 4-6, place de la République, à Montreuil, pour abriter les familles et les enfants ainsi que leurs affaires et ainsi interpeller la mairie de Montreuil sur la nécessité de leur relogement. Un grand mouvement de solidarité a réuni les habitants de la commune et des environs.

Dans l’après-midi, un membre du cabinet du maire est venu à la rencontre des familles, leur proposant 3 jours d’hébergement en hôtel sur le département ou dans d’autres banlieues lointaines, alors que leurs enfants sont scolarisés sur Montreuil. Les familles ont refusé la proposition estimant que leur situation resterait précaire. Le représentant de la mairie nous a très clairement menacés d’une intervention policière afin de nous évacuer. Dans cette éventualité, les familles et les soutiens ont décidé de se barricader dans la salle d’activités de la maison de quartier.

L’intervention a commencé vers 20 heures quand, à coups de bélier, les CRS ont défoncé la porte. Aussitôt l’éclairage a été coupé. Des enfants se sont mis à hurler. Alors que nous nous tenions un peu en retrait en scandant des slogans contre les expulsions, les CRS casqués, visières baissées, armés sur le pied de guerre, boucliers, jambières renforcées, ton-fas etc. nous ont encerclés. Après avoir renversé et sauvagement jeté en l’air les sacs des familles, les tables et la nourriture qui s’y trouvait, ils ont commencé à nous re-pousser vers la sortie. Inquiets pour les femmes et les enfants qui s’étaient réfugiés dans la cuisine, porte fermée, nous avons formé une chaîne afin de les protéger et d’être témoins de leur sort, vu la violence de l’intervention.

En vain.

Pour ma part, j’ai été projeté à terre et piétiné. J’ai eu beaucoup de mal à me relever. Pour précipiter le mouvement et alors que j’étais déjà estourbi et en proie au vertige, un CRS a levé sa matraque, mais un gradé lui a fait signe de ne pas frapper. ” Ça va, monsieur ? “, a-t-il demandé. Puis me prenant par le bras, il m’a dirigé vers la porte tandis que ma femme et mes comp-gnons étaient évacués très brutalement vers la cour, les uns après les autres ou par petits groupes. Me trouvant isolé et un des derniers, j’ai été poussé dans la cour entre deux rangs de CRS.

À mi-distance de la grille qui ferme la cour, j’ai essayé de parler au commissaire que j’avais vu le matin procéder à l’évacuation du passage du Gazomètre pour lui rappeler la présence d’enfants dans le local. Il m’a dit : ” C’est ça, c’est ça !ˇ Dégage ! ”

Je continuais ma route quand deux CRS se sont précipités sur moi. J’ai reçu un violent coup de poing sur le nez puis un troisième policier, en civil, qui s’était joint à eux m’a asséné un très brutal coup de matraque sur le côté gauche de la tête. Tandis que je titubais, ils m’ont poussé brutalement vers la sortie et je suis tombé à la renverse sur des grilles.

On m’a relevé, la tête en sang, alors que j’avais perdu conscience. Deux personnes m’ont soutenu et emmené m’asseoir au café le plus proche. On a épongé le sang qui m’aveuglait et appelé les pompiers qui m’ont emmené avec ma femme à l’hôpital de Montreuil.

Premier bilan :
“Traumatisme crânien, traumatisme facial avec plaie, couture paupière supérieure de l’œil gauche, hématome du nez orbite gauche, hématome du nez avec fracture, fracture de la 7e côte gauche, état de choc psychologique, incapacité totale de travail personnel (ITTP) de quinze jours, sous réserve .”

En conséquence je porte plainte contre X pour ces faits de violences policières que rien ne pouvait justifier, n’ayant à aucun moment menacé quiconque.

Jean-Pierre Bastid

À la suite de l’évacuation sauvage par les policiers de la maison de quartier Lounès Matoub, le mardi 10 vers 20 heures, une foule importante d’habitants du quartier s’est trouvé réunie sur la place de la République à Montreuil et une manifestation spontanée s’est déclenchée.

Les policiers se sont livrés à plusieurs charges, refoulant les protestataires dans la rue de Paris et les projetant violemment sur les capots de voitures et les poubelles. Il y a eu de nombreux blessés, y compris parmi les personnes qui se trouvaient en dehors de la manifestation. Ainsi, un Africain qui sortait du Quick de la rue Galliéni a été matraqué et l’on n’a à cette heure pas de nouvelles.

Des voitures de la BAC ont patrouillé dans les rues avoisinantes pour interpeller des gens isolés. Un habitant du foyer Bara ayant été arrêté, nous sommes allés le samedi 14 à 11 Heures au tribunal de Bobigny pour le soutenir (chambre 25 bis). Vers 18 heures 30, tandis que les CRS se tenaient sur le pied de guerre à Bobigny autour du tribunal une manifestation a commencé à Montreuil. Le cortège s’est rendu de la place de la République à la mairie. Alors que les CRS là aussi se préparaient à intervenir, sur le coup de 20 heures 30, la juge a mis fin au délibéré qui s’était inconsidérément prolongé (on peut imaginer les coups de téléphone avec le ministère) et elle a rendu son jugement : relaxe pour Issa. Nous avons attendu à la porte de commissariat qu’il soit libéré et nous sommes rentrés à Montreuil où les amis qui avaient pu filmer l’intervention policière de mardi en ont projeté les suffocantes images.

La Bête immonde a refait surface

Aux armes, citoyens !

Amitiés, Jean-Pierre

A QUI LE TOUR ?

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait personne pour protester.

Martin Niemöller (1892-1984) pasteur protestant

Texte allemand original :

Als die Nazis die Kommun
isten holten,
habe ich geschwiegen;
ich war ja kein Kommunist.
Als sie die Sozialdemokraten einsperrten,
habe ich geschwiegen;
ich war ja kein Sozialdemokrat.
Als sie die Gewerkschafter holten,
habe ich nicht protestiert;
ich war ja kein Gewerkschafter.
Als sie die Juden holten,
habe ich nicht protestiert;
ich war ja kein Jude.
Als sie mich holten,
gab es keinen mehr, der protestierte.

À partir de 1942, la population française fut sous le contrôle de la police de Vichy. C’était compter sans la Résistance, mais, pour la majeure partie du pays, les résistants n’étaient que des agitateurs, des terroristes. Et pourtant ce sont ces trublions qui ont libéré le pays.

Par la suite, la déportation, les camps, la Résistance devinrent pour quelques-uns le pont aux ânes. Pendant la guerre d’Algérie, ils en avaient perdu la mémoire alors que la ré-pression policière s’abattait sur la France. Aujourd’hui, certains rigolent de ces “vieilles lunes” sans se rendre compte que la France de M. Sarkozy risque fort de prendre la relève de celle de M. Papon.

Pour notre ministre de l’Intérieur, fils d’émigré hongrois, il n’est pas bon être étranger. Chaque semaine, de nouveaux charters s’envolent à tire-d’ailes pour évacuer Africains, Maghrébins, Asiatiques et Européens de l’Est. Pour le maniaque du Karcher, qu’importe si ceux qui restent vivent avec leurs enfants dans la terreur, dans l’angoisse d’une rafle et à la merci d’employeurs indélicats. Nous attendons l’aurore d’une nouvelle Résistance. Quel-ques-uns se sont déjà levés, ils savent que s’ils ne le font pas, ça pourrait être bientôt leur tour.

J’ai encore beaucoup de mal à lire et écrire, mais comme vous pouvez le voir sur ces photos, je peux enfin ouvrir un œil. Faites circuler l’information, ça va saigner !

Je vous embrasse.

Jean-Pierre