Tourmignies(màj 01/11/05)

Suite à l’envoi du courrier ci-dessous, dont copie à Mr le Maire de Tourmignies, nous avons reçu cette reponse par mail : (le gras et les liens vers les pages spécifiques du blog ont été rajoutés pour mieux faire ressortir la pértinence de ce texte)

De : a.duchesne “a.duchesne@wanadoo.fr”
Envoyé : samedi 29 octobre 2005 19:14:30
À : “halemfrance@hotmail.fr”
Objet : Camping de Tourmignies Maire de Tourmignies

Bonjour,

Je vous remercie de l’attention que vous portez à la situation des personnes qui séjournent sur le camping de Tourmignies. Celui-ci a été acheté par la CCPP. La présentation de l’avant projet de parc touristique ne laisse pas de place aux personnes qui résident sur le camping. J’ai toujours défendu au sein de cette CCPP une vision humaniste et tenté de faire entendre que d’autres solutions étaient possibles (travaux par tranche). De plus à ce jour aucune étude sérieuse de positionnement touristique n’a été réalisée. Un camping de haut de gamme est-il souhaitable socialement et économiquement viable ?

Vous trouverez sur mon Blog :
http://alainduchesne.hautetfort.com d’autres éléments afférents aux impacts de la fermeture du parc sur l’économie du village de Tourmignies :
http://…l-identite-de-notre-village-menacee.html
http://alainduchesne.hautetfort.com/dans_les_medias/

Notre village ne peut trouver de solutions de relogement aux personnes qui séjournent sur le parc et qui veulent le quitter. Malgrès tout j’ai pu embaucher à la commune une personne qui réside sur le camping et je cherche activement des solutions pour pallier aux conséquences de la décision de la CCPP.

N’hésiter pas à me contacter : a.duchesne@wanadoo.fr
Alain Duchesne
Maire de Tourmignies

Aux dernières nouvelles, lors d’une récente réunion qu’ils ont convoqué avec les locataires, la communauté des communes se serait engagée à n’expulser personnes mais à attendre que les gens partent d’eux-mêmes.

À confirmer.

Nous avons adressé un courrier à Mr le Président de la CCPP en ces termes :

Objet : Maintien des résidents du camping de Tourmignies

Mr le Président,

Association nationale de représentation et de défense des habitants de logements éphémères et mobiles, Halém s’est émue du sort des résidents du camping de Tourmignies priés de faire place au projet de rénovation.
Nous nous sommes laissés dire par Mme Marchand, responsable du dossier, qu’il n’y aurait pas d’expulsions et que chaque personne serait relogée.

Il s’avère cependant que plusieurs des résidents souhaitent rester sur place, de façon à conserver leur logement ainsi que leur implantation économique, sociale et familiale dans le secteur. Certains ont d’ailleurs liquidé depuis longtemps des biens appartenant à leur vie antérieure dans un logement en dur.

Le nouveau projet pour le camping exclut-il la présence de gens modestes ? Nous pensons, au contraire, que la mixité sociale profite à toutes les parties et qu’elle peut s’avérer, dans certains cas, porteuse de réinsertion pour des personnes en rupture avec la société.

Nous vous demandons d’inclure dans votre projet le maintien des tous les résidents qui le souhaitent sur le terrain ou à sa proximité immédiate quitte à les bouger une ou deux fois pendant les travaux. Nous restons donc à votre entière disposition pour en examiner les modalités avec vous.

Il est de l’intérêt de toutes les parties concernées d’arriver à un accord à l’amiable car la seule alternative in fine serait une procédure en expulsion, peu souhaitable à une époque où le logement est devenu un sujet particulièrement sensible. Ceci d’autant plus qu’il s’agit d’occupants de bonne foi possédant des justificatifs de paiement régulier de leurs loyers depuis des années ou des décennies.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, nos salutations les meilleures.

pour HALEM, joe sacco, président

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Tourmignies. Au bout d’une petite route défoncée on arrive au camping.

Comme dans la pub, c’est verdoyant avec une surprenante bâtisse qui abrite le bar, la laverie, le local vide de la superette. On apprendra plus tard qu’il s’agit là des anciennes dépendances d’un château détruit pendant la guerre et dont le parc est devenu l’actuel camping. Des arbres magnifiques, un étang avec son couple d’oies et des véhicules qui circulent. Ils arrivent vides et repartent chargés, remorque débordante de meubles et de matériel en tout genre. Aux croisements des allées, des tas d’objets hétéroclites, des chaises et des bouteilles de gaz, des parasols en plus ou moins bon état, des bouts de bois… Maigre débris d’une vie heureuse balayée sans remords par un projet touristique haut de gamme.

Beaucoup déguerpissent. Matraqués par les dires des uns et des autres sur « l’inévitable », « le pot de fer contre le pot de terre », ils sauvent ce qu’ils peuvent. Le reste sera vendu, donné, détruit ou abandonné sur place.

Eux, ce sont les usagers du camping. Locataires, certains depuis plus de 30 ans. Une bonne centaine de retraités, familles, jeunes. souvent pas fortunés, mais pour qui ce mode de vie est clairement un choix. La majorité, considérée comme la clientèle « loisir » possède un pied à terre ailleurs, mais préfère le calme et le vert où elle passe environ 8 mois sur 12. Les autres, 25 résidents, y habitent à l’année, même s’ils ont souvent gardé une adresse fictive chez des parents pour des raisons de facilité administrative. Ce sont des locataires de bonne foi, comme le prouvent leurs contrats et les justificatifs de paiement régulier du loyer depuis des années, des décennies. Des locataires vendus avec le camping, anciennement camping municipal de Tourmignies, vendu par la commune à la communauté de communes du Pévèle qui a déboursé la coquette somme de 1,6 millions d’euros.

Incompréhension totale.

Convoqués collectivement à la mairie une première fois en juillet 2005, ils se sont trouvés face à des fonctionnaires prêts à enregistrer leurs demandes de logement.

Mais ils n’étaient pas demandeurs. Ils étaient très bien là ou ils étaient, réveillés par le chant des oiseaux plutôt que par les cris des voisins ou le vrombissement des motos et des voitures.

La réunion se termina en eau de boudin.

Travaux. Faut faire des travaux. Le tout à l’égout. Bouger les caravanes, les mobile-homes, regrouper les résidents le temps des travaux.

Fermer ! Le camping ferme pour travaux. Il n’y aura plus d’eau, plus d’électricité.

Tout se dit, mais personne ne sait rien. Le camping doit fermer le 31 décembre. Il n’y aura plus de gardien. « Enlevez vos affaires. On ne pourra garantir… »

Convoqués séparément, ils ont l’impression d’avoir à faire à des lampistes, engagés pour négocier, mais sans avoir pouvoir réel. D’après une résidente, la responsable du dossier à la communauté de communes, poussée dans ses retranchements, aurait même éclaté en sanglots devant sa propre impuissance.

Les usagers loisirs doivent donc retirer leurs affaires. Ca coûte cher, de faire bouger un mobile-home : 1 500 euros. Ils créent une association et obtiennent 700 euros par personne qui enlève son mobile-home ou caravane. Quid des veilles installations devenues impossibles à déménager ?

Les résidents, qui ne demandent qu’à continuer à vivre dans leurs habitations, sont priés de partir. On leur faire comprendre qu’ils n’ont aucune chance, qu’on sera compréhensif avec ceux qui déposent une demande de logement, on les laisserait jusqu’au printemps.

6 résidents sur 25 sont déjà partis. 12 ont déposé des dossiers de demande de logements. 7 résistent.

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Tourmignies - Les vieux campeurs refusent de décamper
l’article de Libé du 26/09/05
A Tourmignies, d’anciens ouvriers se révoltent contre l’évacuation du site.
Par Stéphanie MAURICE

Lille correspondance

Tourmignies, dans la campagne lilloise, un vieux camping est en train de céder la place à un « projet de développement touristique ». Les campeurs, ouvriers à la retraite, sont priés de laisser la place aux autres, citadins qui auront les moyens de louer pour le week-end de charmantes cabanes perchées dans les arbres. « C’est le pot de terre contre le pot de fer. On perd tout », pleure un vieux couple.

Derrière les haies de thuyas bien taillées qui encadrent leur emplacement, Michel, 70 ans, et Marcelle, 67 ans, trente-cinq ans de présence, sont catastrophés. « Notre mobile home est trop vieux, on va devoir le laisser sur place, plus aucun camping n’en veut, passé dix ans. Nous ne pouvons pas nous permettre d’en racheter un, même d’occasion. On s’est renseignés, c’est 15 000 euros. » Michel secoue la tête : « C’est une belle saloperie ». Il parle des rosiers qu’il n’a plus le coeur de soigner. Sa femme explique, émue : « L’hiver, avant, ça passait vite, dès le mois de mars, on préparait les paquets pour venir ici, et on repartait en octobre. Maintenant, nous allons rester à l’appartement. Pourtant, on est mieux au grand air. C’est un changement de vie, je peux vous dire qu’on en a passé des nuits blanches à essayer de trouver une solution. »

Questionnaire. Debout dans leur mobil home impeccable, à la déco années 70, tons grèges et marron, ils se souviennent. Michel travaillait dans une usine de fermetures à glissière et, tous les soirs pendant la belle saison, à la fin du boulot, il venait au camping rejoindre sa femme. Le patron de l’entreprise l’accompagnait parfois pour boire l’apéro. « Un jour, on a dû remplir un questionnaire, dire depuis combien de temps on est là. Ma fille me demande : “Papa, j’ai toujours connu le camping ?” Je lui ai dit : “Mais tu as été conçue ici !” Elle a mis son âge, 27 ans, ils ont dû la prendre pour une folle », arrive encore à rire Michel. Il se rembrunit : « Puis, il y a trois semaines, il y a eu une réunion avec ces beaux messieurs, c’est là qu’ils nous ont annoncé qu’on devait partir pour le 31 décembre. »

Questionnaire. « Les beaux messieurs » sont les maires de la communauté de communes du pays de Pévèle (CCPP), nouveau propriétaire depuis le 1er janvier 2005. Ils ont déboursé 1,6 million d’euros pour ces 18 hectares, petit bois et étangs compris, idéalement placés à quinze minutes de Lille, en plein sur le tracé du Paris-Roubaix. « Nous avons des milliers de cyclistes tous les dimanches matin, s’enthousiasme Luc Monnet, maire (UMP) de Templeuve et président de la CCPP. Nous sommes à proximité de la forêt de Phalempin, de la future base ornithologique du bois des Cinq-Tailles » et, de surcroît, dans une zone qui s’embourgeoise grâce à la migration de riches citadins vers cette campagne aux fermes anciennes convoitées.

Autant dire que ce camping façon Astérix et Obélix, avec sa vie de village, ses parties de pétanque et de pêche, ses repas partagés à la bonne franquette entre voisins de vingt ou trente ans, ne pèse pas lourd face au vaste projet de gîte rural, location de cabanons, « arboretum », guinguette et vente de produits du terroir.

Un projet qui fait ricaner dans les caravanes. « Si j’étais riche, j’irais au Touquet ou à Deauville, pas dans un camping où il n’y a même pas la mer », s’exclame Sylvain. Le président du CCPP n’en démord pas : « C’est un très beau site, qui peut être une vitrine du Pévèle, il ne doit plus profiter qu’à un groupe de campeurs, mais ouvert au plus grand nombre. »

Irréductibles.

Ce que les élus n’avaient pas prévu, c’est la résistance des ouvriers à l’âme militante. Jean-Paul Chrétien, ancien syndicaliste, a pris la tête du mouvement, soutenu par le maire de Tourmignies : réunion d’information de la base, vote à main levé pour la constitution d’un comité de défense, négociations serrées avec la CCPP. Le combat commence à payer : tous les propriétaires de mobile home et de caravane, quatre-vingts personnes, toucheront entre 600 et 1 000 euros pour couvrir une partie des frais de déplacement de leur matériel.

Restent une vingtaine d’irréductibles, qui vivent ici en permanence. Ils doivent plier bagages avant le 15 octobre, leurs dossiers ont été placés dans les mains des travailleurs sociaux, avec l’obligation de leur trouver une solution de relogement rapide. Pour ce résident, installé depuis trois ans dans le camping : « On n’est pas des misérables, comme les articles de presse l’ont dit, proteste-t-il. Le caravaning, c’est un mode de vie, je n’ai pas tellement envie de reprendre la vie en appartement. L’hiver, c’est bien aussi, il y a de la convivialité, on va manger un bout de gâteau chez les uns, chez les autres, on est chauffés, on a tout ce qu’il faut. » Une voisine, la soixantaine, approuve, carrée dans un fauteuil de jardin, son caniche à ses pieds : « Ça fait un an que je suis ici, j’ai lâché mon appartement à Douai, je préfère être réveillée par les oiseaux, ça change des portières qui claquent. J’habitais dans une cage à poules, les voisins bougeaient une tasse, je l’entendais. » L’hiver ne lui fait pas peur : « Je ne suis pas frileuse, j’ai mon radiateur et mes voisins vont me chercher des jerricans d’eau. » Elle ne veut pas d’un nouvel appartement : « J’ai assez grimpé d’escaliers comme ça, ce sera une maison ou rien d’autre. »

voir aussi le site “Bellaciao” qui vaut largement le détour